The School of Silence : St. Joseph and St. Nimatullah Hardini in the Horizon of Christian Joy

L'École du Silence : Saint Joseph et Sainte Nimatullah Hardini à l'Horizon de la Joie Chrétienne

14 décembre 2025

Contexte liturgique :

  1. Dimanche de Gaudete dans le rite latin
  2. Dimanche de la Révélation à Joseph dans le rite maronite
  3. Fête de Saint Nimatullah Kassab Al Hardini


I. Une journée marquée par des accents liturgiques distincts

Le troisième dimanche de l'Avent, selon le rite latin, on célèbre le dimanche de Gaudete. L'exhortation tirée de la Lettre aux Philippiens, « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur », introduit un moment de réconfort dans ce temps liturgique placé sous le signe de l'attente. Le port de vêtements liturgiques roses symbolise l'approche de la Nativité sans pour autant annoncer sa venue. La joie s'exprime ici comme une espérance plutôt que comme un accomplissement.

Dans le rite maronite, ce même jour est consacré à la Révélation à Joseph. L'Évangile proclamé est Matthieu 1, 18-25. Le récit est sobre et empreint de retenue. Joseph, confronté à la grossesse de Marie, décide de se retirer discrètement, puis obéit aux instructions reçues en songe par un ange. L'Évangile ne rapporte aucun dialogue de Joseph et n'offre aucune explication de son état intérieur. Sa réaction s'exprime entièrement par ses actes.

Le calendrier maronite commémore également à cette date saint Nimatullah Kassab Al Hardini, moine de Kfifane et canonisé plus tard par l'Église catholique. Son souvenir accompagne la lecture de l'Évangile non pas comme un commentaire, mais comme une vie historique ultérieure marquée par des dispositions similaires de retenue, de respect et de fidélité.

II. Saint Joseph et le poids d'un mystère

L’Évangile décrit Joseph comme un homme juste. Cette justice ne se manifeste pas par des affirmations publiques ni par la rigueur de la loi, mais par la discrétion. Face à une situation qu’il ne comprend pas, Joseph décide de renvoyer Marie discrètement. Il ne l’accuse pas et ne cherche pas à éclaircir la situation publiquement. Il se retire.

Le Bureau maronite exprime ce moment sans s'étendre. Dans le Mazmooro de la prière du matin, l'Église chante :

« Joseph, le juste, craint de prendre Marie pour épouse,
mais l’enfant qu’elle porte, c’est par l’Esprit qu’il a été conçu.

Joseph est décrit comme juste et craintif dans le même verset. Le texte n'explique ni ne juge cette crainte ; il la reconnaît simplement comme faisant partie intégrante de la situation dans laquelle se trouve Joseph.

Après l'intervention de l'ange, l'Évangile relate brièvement la réaction de Joseph. Il accueille Marie chez lui et nomme l'enfant. Aucune autre réflexion n'est proposée. Joseph ne prononce pas un mot. Son obéissance est immédiate et totale.

Le combat de Joseph ne se résout pas par l'explication, mais par sa fidélité à ce qui lui est confié.


III. Saint Nimatullah Hardini et le poids de la responsabilité

Saint Nimatullah Hardini vécut au XIXe siècle au monastère des Saints Cyprien et Justine à Kfifane. Il y exerça les fonctions d'enseignant et de formateur et était connu pour son strict respect de la règle monastique.

À l’instar de Joseph, Hardini se retrouva confronté à des responsabilités qu’il n’avait pas recherchées. Sollicité pour prendre la tête de son ordre, il refusa. La tradition conserve ce refus en des termes inflexibles :

« Mieux vaut mourir que d'être général supérieur. »

Cette expression reflète une réticence à assumer l'autorité et la responsabilité envers autrui plutôt qu'un manque d'engagement envers la vie monastique.

Hardini ne se retira pas du monastère. Il se retira des fonctions de gouvernement. Il demeura dans le rythme ordinaire de la prière, de l'enseignement et du travail manuel. Sa réponse à la responsabilité fut le silence plutôt que le retrait. On se souvient souvent d'une autre de ses paroles :

« L’homme sage se sauve lui-même. »

Des témoins rapportent que, durant la Divine Liturgie, et plus particulièrement au moment de la consécration eucharistique, Hardini tremblait visiblement. Il restait debout, les mains levées, même par temps froid. Ces observations sont transmises comme des témoignages de personnes ayant été observées, sans interprétation ni embellissement. Ceux qui ont vécu avec lui résumaient sa conception de la vie communautaire par une règle simple :

« Le premier souci du moine est de ne pas blesser ni importuner ses frères. »

L'influence d'Hardini s'est exercée discrètement à travers la formation. Parmi les moines qui ont vécu sous sa direction figurait Charbel Makhlouf, qui se retira plus tard à l'ermitage et se fit connaître pour sa vie de silence, de prière et de fidélité. Dans la mémoire maronite, cette relation est simplement évoquée comme faisant partie intégrante de la continuité de la vie monastique.


IV. Service sans explication

Le Qolo maronite pour le dimanche de la Révélation à Joseph s'adresse directement à Joseph :

« Ô Joseph, lève-toi, n’aie plus peur. »
Puisque Marie est le temple pur de Dieu,
Vous le servirez.

Le cantique n'explique pas le mystère qui se présente à Joseph. Il lui confie une mission. L'accent est mis sur le service plutôt que sur la compréhension.

Le récit évangélique suit le même schéma. Joseph reçoit l'ordre de prendre Marie pour épouse et de donner un nom à l'enfant. Il s'exécute. Aucune autre explication n'est fournie.

La vie d'Hardini présente un schéma comparable. On ne se souvient pas de lui pour avoir apaisé les tensions ou influencé la politique, mais pour sa fidélité à son devoir quotidien et pour être resté dans les limites qu'il estimait lui être imposées.

Dans les deux cas, la peur ne disparaît pas par la compréhension. Elle est apaisée par le service.


V. Le seuil de la Nativité

À l'approche de la fin de l'Avent, les traditions latine et maronite convergent vers un même seuil, bien que par des chemins différents. Le rite latin se concentre plus directement sur Joseph, celui qui reçoit l'ordre angélique et agit pour que la Nativité s'inscrive dans l'histoire humaine. La tradition maronite, quant à elle, aborde ce même mystère à travers la Révélation à Joseph et la Généalogie, inscrivant l'Incarnation dans l'obéissance et l'histoire.

La liturgie maronite s'exprime définitivement non par l'explication, mais par les hymnes. Un hymne de Noël proclame :

«Gloire à cette Voix qui s’est faite chair,
et au Verbe exalté qui s'est fait corps.

Les oreilles l'entendirent, les yeux le virent,
Les mains le touchèrent, et la bouche le reçut.

Ce qui était gardé en silence durant l'Avent se manifeste à Noël. La Parole confiée à Joseph n'est plus cachée. Elle est entendue, vue, touchée et reçue.

Dans cette perspective, Gaudete ne marque ni une échappatoire à l'attente ni sa conclusion, mais son accomplissement imminent. La joie est annoncée car le mystère est désormais prêt à être accueilli.


Retour au blog

Laissez un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés.