The Lamp, the Sun, and the Saint

La lampe, le soleil et le saint

Une saison de silence et une saison de chants

Pour nos frères et sœurs de l'Église latine, cette période de l'année se déroule comme un pèlerinage à travers un désert spirituel. L'Avent pare le sanctuaire de violet et invite le croyant à un silence qui purifie et apaise le cœur. La liturgie conduit les fidèles jusqu'aux rives du Jourdain, où ils se tiennent devant la figure de Jean-Baptiste adulte, à la fois sévère et sainte, qui proclame avec ferveur que le monde doit se préparer à la venue du Roi. C'est un temps qui nous enseigne à abaisser notre orgueil, à nous repentir sincèrement et à attendre avec un esprit vigilant et discipliné. Il y a de la beauté dans son austérité et de la force dans son aspiration silencieuse.

Mais lorsqu'on entre dans une église maronite ce dimanche, tout change. Le désert laisse place aux collines de Judée, où les maisons résonnent de la présence des proches, des voisins et de la joie innocente qui accompagne chaque naissance. Les vêtements liturgiques sont blancs, les chants sont joyeux et l'air est imprégné d'une ferveur religieuse. Nous n'appelons pas cette période l'Avent. Nous l'appelons le Temps des Heureuses Annonces, une ascension spirituelle où chaque dimanche dévoile un nouveau mystère, préparant nos cœurs à la venue du Christ. Et cette semaine, l'annonce n'est plus une promesse murmurée dans l'obscurité. C'est un enfant déposé dans nos bras. La naissance de Jean-Baptiste.

Le silence rompu et le premier chant de la nouvelle alliance

La naissance de Jean dans l'iconographie

Pour saisir toute la portée de cette fête, tournons-nous vers Zacharie, le père du prophète nouveau-né. Pendant neuf mois, il vécut dans un silence complet, muet d'hésitation face au message de Dieu. Pourtant, son silence devint plus qu'un simple rappel de son doute. Il devint un symbole inscrit dans l'histoire du salut. L'Ancienne Alliance, avec toutes ses lois et ses prophètes, avait fidèlement guidé le peuple de Dieu, mais elle atteignait désormais son terme. Le Messie tant attendu se tenait à l'aube de l'histoire. Le monde retint son souffle.

Ce dimanche, le long silence se rompt enfin. Zacharie écrit le nom de l'enfant, Jean, qui signifie « Dieu est miséricordieux ». Sa voix revient aussitôt, mais sans plainte ni explication. Il ne parle ni de sa souffrance ni de sa frustration. Il élève sa voix en louange : « Béni soit le Seigneur, Dieu d'Israël, car il a visité et racheté son peuple. » Les premiers mots prononcés par le sacerdoce renouvelé ne sont ni des paroles de correction ni d'avertissement. Ce sont des paroles de gratitude. La tradition latine appelle l'âme à la repentance à l'approche de Noël, tandis que la tradition maronite l'appelle à l'action de grâce. Et ensemble, elles révèlent une douce vérité : nous ne pouvons préparer une place pour Jésus sans comprendre combien il nous a déjà aimés.

Une lampe pour la nuit et un soleil pour l'aube

L'icône maronite de cette fête recèle une théologie profonde dans sa simplicité. Devant le soleil levant, une petite lampe à huile continue de brûler. Cette image fait écho aux paroles du Christ lui-même qui disait de Jean-Baptiste : « Il était une lampe qui brûle et qui brille. » Une lampe est un objet humble et beau, et pourtant, elle est créée. Elle dépend de l'huile, d'une mèche et de la main qui l'allume. Elle ne brille que durant la nuit. Le Soleil, en revanche, est incréé. Il se lève par sa propre force, emplit le monde entier de sa chaleur et donne vie à tout être vivant.

Jean-Baptiste est cette lampe. Il brille fidèlement dans les dernières heures de la longue nuit du monde, nous guidant vers l'Aurore. Il prépare le chemin, proclame la vérité et témoigne de la Lumière. Pourtant, quand Jésus apparaît, la Lampe s'incline devant le Soleil. Il doit grandir, et moi, je dois m'effacer. La lampe ne rivalise pas avec le soleil levant ; elle s'en réjouit.

Saint Charbel, la lampe silencieuse du Liban

Pour le cœur maronite, l'image de la lampe n'appartient pas seulement à Jean-Baptiste, mais aussi à saint Charbel, dont toute la vie devint une flamme dans le silence de Dieu. Pendant vingt-trois ans, il vécut dans l'ermitage d'Annaya, dans une pauvreté, une obéissance et un secret absolus. Ses nuits étaient consacrées à la prière. Ses jours ne révélaient que l'humilité. Son lit était fait de poil de chèvre. Ses repas étaient frugaux. Pourtant, parce qu'il se dépouillait ainsi totalement, il devint un réceptacle empli de lumière céleste.

Il existe une histoire, chère à tous les enfants du Liban, qui révèle ce mystère en un instant. Une nuit de 1875, la lampe de Charbel s'éteignit. Un jeune frère, voulant faire une petite farce, la remplit non pas d'huile, mais d'eau. Caché derrière la porte, il s'attendait à la confusion. Mais Charbel prit la lampe, l'alluma, et la flamme apparut aussitôt. L'eau brûlait comme de l'huile pure. Lorsque le Supérieur goûta le liquide, comprit qu'il s'agissait d'eau et, voyant la simplicité dans les yeux de Charbel, il dit : « Dieu t'aime et t'a donné le Saint-Esprit. » Dieu, qui a donné la vie au sein stérile d'Élisabeth, a illuminé la lampe de Charbel. Il fait jaillir la flamme lorsque nous lui offrons notre foi.

La lumière qui continue de briller

Ce symbole sacré n'a pas terni avec le temps. Lors de sa récente visite au monastère Saint-Maron d'Annaya, le Saint-Père a offert une lampe aux moines, signe de la lumière que Dieu continue d'allumer par l'intermédiaire de saint Charbel. Avec des paroles empreintes de ferveur, il a confié le Liban et tous ceux qui aiment saint Charbel à cette lumière et les a invités à marcher dans le rayonnement du Christ. La lampe de Jean-Baptiste et la lampe de Charbel se dressent désormais côte à côte dans le paysage spirituel de l'Église, nous rappelant que chaque génération a besoin d'un prophète et d'un saint.

Deux manières de se préparer à la venue du même Seigneur

À l’approche de Noël, les traditions latine et maronite nous offrent deux aspirations spirituelles, deux manières de préparer notre âme au mystère de l’Incarnation. La voie latine est la voix qui résonne dans le désert et nous appelle à la repentance, au courage et à la conversion. Elle nous invite à faire le vide, à examiner notre vie et à accueillir le Seigneur avec sincérité. La voie maronite est la lampe à la fenêtre qui nous invite à la confiance, à la joie et à croire que Dieu accomplit encore des merveilles. Elle nous rappelle qu’il transforme le silence en chant et l’eau en lumière.

Cette semaine, restons unis dans la vérité. Repentons-nous avec le courage de Jean-Baptiste adulte. Faisons confiance avec l'humilité de saint Charbel. Préparons un cœur pur pour le Seigneur et, en même temps, croyons qu'il continue d'allumer de petites flammes dans les ténèbres de ce monde. Puissions-nous tous devenir une lampe qui brille pour les autres jusqu'à ce que le soleil de justice se lève dans nos vies.

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